On s’est couché vers 19h. Le réveil sonne à minuit dans un grand « oh fuck » général. Personne n’a réussi à vraiment dormir plus de 2 heures, entre les souris qui fouillent nos sacs, le bruit du vent qui fait trembler les vitres, le froid polaire, l’excitation, le stress et l’altitude.
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C’est parti. Petit déjeuner, et j’enfile mon équipement.
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J’ai déja dormi avec 2 tee shirts, mon sweet à capuche, 2 grosses polaires fournies par l’agence + mon jean, le pantalon chaud qu’ils nous filent et le pantalon antifroid/ pluie. Je rajoute la grosse veste, la cagoule, le bonnet, le casque, le harnais, le piolet, le petit sac a dos et je met mes pieds ainsi que les deux paires de chaussettes qui vont avec dans les grosses bottes plastiques. On allume la lampe frontale, on rajoute les crampons aux chaussures, et on s’encorde avec le guide.
Il y a 5 guides pour notre groupe de 10, on part donc par groupe de trois. Mon guide s’appelle Silverio, il fait ca une petite dizaine de fois par mois. Je suis avec Lukas, allemand de 19 ans qui fait du bénévolat à Lima, au Pérou. Il est sorti du pays quelques jours pour contourner la limite de 3 mois que lui impose son Visa.
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Difficile de raconter l’ascension, c’est le silence dans la nuit noir mais superbement étoilée. On progresse lentement dans la neige, il n’y a que le bruit du piolet (dont on se sert comme canne et comme sécu complémentaire au cas ou l’on glisse) et celui des pas dans la neige. Je perd la notion du temps La bouteille d’eau gèle dans le sac a dos, ça n’est plus qu’un gros glaçon. Pendant une bonne partie du parcours, on à une vue sur la Paz, éclairée dans la nuit. C’est magnifique.
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Rogier, l’un des hollandais, abandonne. On l’apprend par radio. Rogier voyait les montagnes bouger toutes seules nous a il dit à notre retour, et le guide l’a rattrapé plusieurs fois grâce à la corde. L’altitude à des effets différents sur chacun, et c’est le second trekk qu’il doit abandonner en quelques jours pour cette raison.
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Pieter, son binôme et ami se raccroche à notre corde. Pieter, c’est le seul qui est revenu en arrière pour voir comment j’allais, quand je suis arrivé dernier hier. J’ai apprécié, le soutien moral c’est important dans ce genre de trucs. Il va trop vite pour Lukas et moi, du coup, il se raccroche au groupe devant nous. Il doit être trois heures du mat’ maintenant et on arrive au mur de glace. On y passe un par un, à escalader à coups de piolets. Ça prend du temps, j’en profite pour faire des photos de nous 3 dans le noir, et après quelques minutes, le froid se ressent, on à qu’une envie, c’est de repartir malgré la douleur et la fatigue. Ça y est, c’est à nous. Encore une fois, c’est très physique et a cette altitude, on se fatigue 10 fois plus vite.
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On continue notre progression dans cette énorme étendue blanche à peine foulée par les autres, alors que le soleil commence à se lever. On en est à la moitié, Lukas commence à se sentir mal. Plusieurs heures plus tard, on récupère Pieter, lui aussi ne va pas bien, l’altitude et l’effort l’on fait vomir deux fois sur le chemin. On s’arrette de plus en plus souvent.
A ce moment la, je suis déjà un zombie depuis plusieurs heures, je ne sais pas comment je fais pour avancer encore. Je me répète des trucs pour m’automotiver. Chaque pas me rapproche un peu plus. Je vais le regretter si j’arrete maintenant. Je sens une tension dans la cordée. C’est Lukas qui à de plus en plus de mal à suivre le rythme. Et puis il y à toujours ce silence, personne n’ose parler même pendant les pauses, pour ne pas perdre son souffle.
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Enfin, on aperçoit le sommet ! Il doit nous rester 200 mètres à faire. 200, c’est à la fois rien du tout et une éternité dans ces cas la. Cinquante mètres plus tard, Lukas jètte l’éponge. Pieter décide d’en faire de même. Ils souffrent trop. J’hésite moi aussi, j’ai déjà repoussé mes limites. Et puis je me rappelle qu’on voit le sommet d’ici, ça me reboost, ça serait trop con de s’arreter maintenant ! C’est reparti, je m’encorde avec les deux australiens.
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Je finirai les derniers mètres en rampant. Déjà parc que c’est abrupte, mais surtout parcque je suis à bout. En fait, il reste une trentaine de mètres à plat à faire, mais les guides nous interdissent d’y aller. La neige à commencée a fondre, et c’est très dangereux. C’est une arrette, il y a un chemin de genre 10cms, et de chaque coté, si on tombe, c’est la mort assurée.
Avec une neige molle comme ça, c’est pas faisable. On passe quelques instants à admirer le Chili, les autres montagnes, le Titikaka, la vue, et le petit bout de chemin qui reste. Et on entame la descente. Je suis avec l’un des deux australiens, nos jambes ne nous portent plus. On tombe des dizaines de fois dans la neige. Il fait maintenant très chaud.
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L’arrivée au refuge, de longues heures plus tard, se fait sous les applaudissements du reste du groupe. J’écris à mon tour mon mot sur le mur, une soupe et 40 minutes plus tard, on doit déjà repartir vers le camp du 1er jour. Encore quelques heures d’intense souffrance, et ça y est, je suis prêt à me reposer pendant 3 mois.
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Je t’ai vaincu, montagne à la con.